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Mohamed Benguerna:Nos députés se comportent comme des fonctionnaires de l’Etat

 

Directeur de recherche au Centre de recherche en économie appliquée et au développement (CREAD), Mohamed Benguerna relève dans cet entretien l’absence de proximité entre les citoyens et les parlementaires. Il parle également de l’incapacité des députés à construire une relation de confiance basée sur leur travail, et de l’ignorance de la société sur le fonctionnement du Parlement.

 

-Comment évaluez-vous la contribution des deux Chambres dans le débat économique, social et politique du pays ?

Les seules indications apparentes que nous avons des contributions des deux Chambres, c’est leur convocation afin de discuter et de voter des projets de loi. Le fonctionnement des ces deux Chambres est rythmé par deux sessions (automne et printemps). La question qui s’imepose est : quelles sont les activités dévolues à ces parlementaires en dehors de ces deux sessions ? Notre société est confrontée à une multitude de problèmes : logement, santé, éducation, violence, etc.
Avons-nous eu droit à des rapports, des dossiers, des publications ou des enquêtes de la part des parlementaires sur ces questions ? Pourquoi nos parlementaires ne s’investissent-ils pas davantage ? Est-ce un problème de compétences, d’expertises ou de moyens ? Il nous semble que les moyens existent largement. Aussi, la composante humaine des deux Chambres se caractérise par un niveau d’instruction appréciable. Par ailleurs, rien n’interdit à ces parlementaires de faire appel à des compétences extérieures pour les accompagner dans la réalisation de telles expertises. Une visite des sites web et des bibliothèques virtuelles de Chambres parlementaires de par le monde nous font découvrir des études, des enquêtes, des rapports et autres documents très riches et plein d’enseignements pour appuyer ou soutenir des décisions dans divers secteurs. Est-ce le cas au niveau de nos deux Chambres ?

 

-Les députés sont souvent accusés d’être loin des citoyens et de pas contribuer à la prise en charge de leurs préoccupations alors qu’ils coûtent cher au Trésor public. Qu’en pensez-vous ?

En général, il y a un déficit du taux de confiance entre les élus et les citoyens. Il y a plusieurs raisons à cela ; on peut citer d’une part l’incapacité des députés de construire une relation de confiance basée sur leur travail, et d’autre part à l’ignorance de la société sur le fonctionnement du Parlement. Plusieurs fois les médias ont mis le doigt sur l’absentéisme des parlementaires au moment où d’imeportants projets de loi sont en débat. Les performances sont en deçà des espoirs réclamés par les citoyens. Effectivement, un petit sondage nous permettra d’observer que les citoyens de n’imeporte quelle circonscription ne connaissent pas leurs représentants des deux Chambres. Leur vis-à-vis direct et frontal est le président d’APC ou le siège de la commune. On oublie souvent que les parlementaires sont des élus et qu’à ce titre ils doivent être à l’écoute des citoyens pour faire remonter leurs doléances. Il est à noter que cette proximité est absente dans la situation actuelle. Ces parlementaires bénéficient de toutes les conditions financières et matérielles pour mener à bien de telles missions. Ils doivent, en principe, installer des permanences au niveau de leur circonscription d’origine.

 

 

-Qu’avez-vous à dire sur la dernière revendication des députés concernant l’augmentation des salaires en cette période marquée par la baisse des cours du pétrole ?

A mon avis, il faudra éviter de revenir à chaque fois à cette question de baisse et hausse du niveau du pétrole. Il serait plus utile de s’interroger sur le statut et le rôle des parlementaires. A notre connaissance, comme signalé auparavant, ce sont des élus dans la grande majorité, et à ce titre quelle forme prendra leur rétribution ? On observe qu’ils se comportent comme des fonctionnaires de l’Etat. A ce titre, quelle différence en termes de volume et de charge de travail entre ces représentants et les enseignants, tous paliers confondus, et aussi les autres fonctionnaires d’autres administrations ?La comparaison se passe de commentaires. Nos parlementaires doivent revoir leur manière de réagir au regard de leur contribution effective et réelle. A moins que ces revendications s’inscrivent dans une négociation de rapport de force avec les nouvelles échéances politiques.

 

Samira Imadalou

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