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Conférence-Débats: Journée Internationale des Migrants

Le samedi 17 décembre 2016 au CREAD

 

 

Le Secrétaire Général des Nations Unies, dans son message, à l’occasion de cette Journée, note qu’il est maintenant essentiel que « les gouvernements honorent leurs engagements et s’attachent à gérer les déplacements massifs de réfugiés et de migrants avec bienveillance, en mettant l’accent sur l’être humain, l’égalité des sexes et les droits de l’homme.

Les migrants sont des êtres humains dotés de droits. La protection et le respect de ces droits et des libertés fondamentales de tous les migrants, quel que soit leur statut, sont au cœur même de la Déclaration de New York » (Nations Unies, 2016).

A l’occasion de la Journée Internationale des Migrants, une pause est importante dans une conjoncture internationale marquée des évènements qui nous interpellent pour engager un travail de longue haleine et d’observation permanente des politiques, des stratégies et des pratiques mises en œuvre dans le respect des droits humains des migrants algériens à l’étranger mais aussi des étrangers en Algérie. Cette vision globale marque l’originalité de notre approche.

L’année dernière, nous avions marqué cette journée par une réunion à huis clos, entre les Institutions et Société Civile et ONG, autour des axes devant permettre de formuler une politique nationale des migrations.

Nous poursuivons un approfondissement de nos travaux ainsi qu’un élargissement de notre champ d’observation déjà avec un projet de recherche (en 2016) sur « les migrations estudiantines vers et à partir de l’Algérie ». Le CREAD vient aussi d’engager une convention de recherche avec l’Université de Berlin (Allemagne) pour des échanges dans le champ des migrations internationales en 2017. Nous souhaitons aussi ouvrir un nouveau chantier à savoir « Genre et Migration » (GEM).

Mon propos s’articule autour de cinq points : Quel est l’état des savoirs sur le GEM ? Quels sont les principes de base pour la formulation d’un projet ? Quel est la position de l’Algérie dans le « Gender Gap » ? Quelle est la place de l’Algérie dans les migrations internationales ? Quelles sont les pistes de recherche ?

  1. Etat des savoirs produits

Les rapports entre «genre  et migration » ne sont pas totalement méconnus. C’est un chantier complexe qui appelle une démarche pluridisciplinaire mobilisant tous les acteurs intervenant dans la gestion des migrations internationales. La dimension « genre » dans toute analyse est devenue une exigence de toute étude ou recherche (Nations Unies)

Sur le plan international, il existe une vaste littérature, produite par des spécialistes des migrations, par les Agences des Nations Unies, l’OIM ou encore les organisations régionales (Amérique Latine, Asie, Europe, Pays Arabes, Afrique). Nous pouvons citer les travaux de Pessar (2003), de Massey (2006), ou encore ceux de Catarino & Morokvasic (2005), de Kofman (2004)… Au Maghreb, il existe quelques produits par des analystes (Charef, Kachani)  sur les migrations féminines au Maroc. 

En Algérie, on ne part pas de rien. Il y a quelques travaux précurseurs sur lesquels on peut s’appuyer. On peut citer quelques uns réalisés en Algérie. L’étude produite par Pr. Labdelaoui (2011) dans le cadre du programme CARIM. L’analyse de Benouared sur la féminisation de notre migration à travers le traitement des recensements français. Il y a quelques enquêtes menées sur les migrants subsahariens par différents ONG (CISP-SARP, Aids Algérie, MdM, CARITAS). Il y a l’enquête CREAD (2013) sur les étrangers en Algérie. Cette première base de connaissance mérite d’exploitée et approfondie pour engager une recherche spécifique sur cette question. 

La formulation d’un tel projet impose d’abord un constat partant sur l’architecture de la législation algérienne, constamment consolidée et en phase avec les conventions internationales, régionales et bilatérales signées et/ou ratifiées par l’Algérie. Partout dans le monde, les autorités produisent des textes, mais l’application est autre chose.

 

 

  1. Définition des concepts et proposition de principes.

Nous proposons quelques éléments de réflexion qui peuvent servir d’abord pour faire dissocier les notions de sexe et de genre. De même le propose quelques principes, indispensable pour la formulation d’une politique, d’un programme ou d’un projet devant établir des rapports entre Migrations et Genre. Ces principes sont relatifs aux notions mobilisatrices de l’égalité, de l’équité et de justice que j’emprunte au rapport de l’OIT (2016)

 

Sur la  notion de Genre

Il existe une riche littérature sur le « Genre » comme indicateur de l’évolution des rapports sociaux construits entre l’homme et la femme. Il existe aussi toute une série de «boites à outils» qui est proposée par les analystes pout arrêter des indicateurs devant permettre des écarts entre les sexes dans différents domaines d’observation. La notion de genre est  distincte de celle de « sexe » qui fait référence à des différences biologiques naturelles.

Les définitions de genre sont multiples. J’emprunte deux définitions 

 

  1. L’UNIFEM (2011)

Sex refers to the biological differences between men and women, which are universal and do not change. Gender refers to social attributes that are learned or acquired during socialisation as a member of a given community. Because these attributes are learned behaviours, they can and do change over time (with increasing rapidity as the rate of technological change intensifies), and vary across cultures.”

 

  1. L’OIT (2016)

« Le sexe et le genre sont des marqueurs des identités sociales dans toutes les communautés humaines. Ces deux marqueurs se renforcent avec d’autres marqueurs tels que la race, la couleur, l’ethnie, la nationalité, l’origine sociale, la religion, les conditions de santé, l’âge, l’état civil, la situation socio-économique des migrants… »

Sur les principes de l’égalité, de l’équité et de la justice.

Ces trois principes sont inspirés de la littérature sur les genres et la migration dans le monde. Des politiques migratoires, incluant la dimension genre, existent. On peut se référer aux différentes expériences en Amérique, en Europe ou en Asie.

L’égalité est un principe adopté partout dans le monde et vient d’être aussi « constitutionalisé » en Algérie. L’égalité des hommes et des femmes peut être mesuré à travers plusieurs indicateurs. Le « gender-gap » de l’Algérie est mesuré par plusieurs institutions. En rapport avec les migrations internationales, ce gap reste à mesurer notamment en rapport avec nos engagements internationaux.

Le principe d’équité n’est pas déconnecté avec l’égalité. Ce principe est en relation avec l’égalité des chances entre les hommes et les femmes au départ ainsi qu’à la finalité dans tous les domaines de vie. S’agissant des migrations internationales, l’équité reste à discuter quant aux conditions de départ et d’arrivée (des migrants de l’étranger et des algériens vers l’étranger) et aux « chances » de ces populations d’accéder aux différents services offerts dans le respect de la dignité et des droits ainsi que les devoirs des personnes.

Le principe de « justice » fait référence aux capacités des institutions à corriger les écarts observés sur les plans de l’égalité et de l’équité. Le principe de la justice invite à l’élimination des inégalités, des discriminations observées dans la gestion des flux migratoires.

 

  1. « Gender Gap »  2016

La mesure des distinctions entre les deux sexes se fait au niveau international sur la base d’une série d’indicateurs autour de quatre axes : politique, économique, éducation et santé par le World Economique Forum. Dans le dernier Rapport 2016, l’Algérie est classée au 120e rang sur 144 pays dans le monde.

RANG SELON LE DOMAINE
Rang mondial Economique Education Santé Politique
ALGERIE 120 134 104 127 56
TUNISIE 126 131 106 110 71
MAROC 137 139 122 93 98

Source : Rapport Gender Gap, WEF (2016:10-11)

Peut-on appliquer les mêmes mesures et établir les distinctions entre les migrants et nationaux ? Exercice à faire !

Mais que savons-nous de la place de l’Algérie dans les migrations internationales sur la base de ces trois principes ?

 

  1. Quelques données brèves dans les migrations internationales

Au niveau mondial, les services des Nations Unies estiment qu’il y a 243 millions de migrants dont 177m femmes, soit 48,2%  (UNDESA, 2015). La plupart des migrants sont pour des raisons économiques. Qu’en est-il pour l’Algérie ?

 

  1. Les étrangers en Algérie.

Deux sources

-          UNDESA : 270 000  - soit 0,67  de la population algérienne  (2013)

Sexe : 45% de femmes migrantes – stable depuis 1990.

68% sont de refugiés

-          MTESS/MAECI : 77 000 migrants économiques, soit 0,75% des actifs (2014)

Sexe : données non diffusées (rapport DZA, 2015)

 

  1. Algériens à l’étranger

Trois sources

-          MAECI : 2,1 millions algériens inscriptions consulaires (2013)

Non diffusé

-          UNDESA/WB MATRIX: 1,4 millions (2000) ; 1,8 millions  en  2013  dans 83 pays

Progression du taux de féminisation : 37%  (1960)  à  49% (2000)

-          OCDE (2012): un million migrants d’Algérie dans les pays de l’OCDE

Féminisation de la migration dans les pays de l’OCDE : 49%

Indice de parité selon le niveau d’instruction : 0,9%

Indice Genre : 1,2 niveau primaire ; 0,47 niveau PHD

  1. Pistes de recherche

Plusieurs pistes de recherche peuvent être engagées déjà sur la base des données existantes ou récoltées déjà. La nature de ce projet invite à une comparaison entre l’accès des nationaux et migrants aux différents domaines, avec une équipe pluridisciplinaire et mixte souhaitable.

 

Approches

Limite de nos enquêtes pour l’établissement de la comparaison : nous menons des enquêtes orientées, parfois unisexes et généralement ciblant les migrants exclusivement ou encore les femmes uniquement.

 

Axes

Les axes peuvent être multiples en fonction des domaines: juridique, économique, social  (emploi, éducation, santé…), culturel et cultuel et en ciblant des segments de migrants.

 

MUSETTE Mohamed Saïb
Directeur de recherche – CREAD- Alger
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