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Nacereddine Hammouda, Chercheur au CREAD : Un rééquilibrage peut passer par un découpage territorial adéquat

El watan, le 02/03/2015

 

Nacereddine Hammouda revient sur la question de l’équilibre régional et son lien avec le découpage administratif. Selon cet expert, dans les faits c’est plus le chef-lieu de wilaya qui bénéficie de son nouveau statut que les autres localités (communes, daïras). D’où les disparités à tous les niveaux (social, économique…).

 

-L’équilibre régional a toujours été au centre des politiques publiques, mais les disparités persistent…

L’équilibre régional a été et reste un credo de la politique économique et sociale algérienne. Ces politiques se poursuivent à travers la mise en œuvre d’un Schéma national d’aménagement du territoire et des programmes spéciaux pour des régions connaissant des déficits, tant en termes d’infrastructures de base qu’en termes de développement humain.

L’ensemble des investigations de terrain montrent l’existence de disparités régionales et sociales avérées. En effet, les études ont montré que les disparités les plus imiportantes sont selon les fonctions administratives des agglomérations et donc la stratification la plus pertinente serait celle adoptée par l’armature urbaine qui classe les agglomérations (il s’agit donc d’un découpage mixte infra et supra communal) de l’urbain supérieur aux zones éparses.

-Quels sont les points à prendre en charge pour assurer ce rééquilibrage ?

Nous avons remarqué une forte hétérogénéité des caractéristiques des communes algériennes, même à l’intérieur d’une même région programme. Une commune comme Oran a une population supérieure à celle de plusieurs wilayas. D’un autre côté, la superficie de certaines communes du Sud sont supérieures à celles des wilayas du Nord.

Comment, dans ces cas de figure, adapter la réglementation pour une bonne gouvernance ? Peut-on gérer de la même façon un territoire avec plus de 50 000 ha/km2 et un autre de 0,04 ha/ km2 ? Comment gouverner un territoire qui a connu une augmentation annuelle de sa population de 10 000 personnes pendant vingt ans, par rapport à ceux qui connaissent une diminution de leur population. Il faut remarquer aussi que les communes les moins bien dotées sont des communes excentrées par rapport au chef-lieu de wilaya et souvent à la frontière entre deux ou trois wilayas. Un rééquilibrage peut donc passer par un redécoupage territorial adéquat.

-Mais les retards sont toujours imiportants en termes de développement local…

L’ensemble des auteurs s’accordent à dire que le but poursuivi par les différents découpages administratifs qu’a connus l’Algérie est une meilleure prise en charge de la problématique du développement local. Il s’avère après coup que cet objectif n’est pas encore atteint. Dans les faits, c’est plus le chef-lieu de wilaya qui bénéficie de son nouveau statut.

Ce qui explique que beaucoup de localités prétendent à devenir chef-lieu de département pour pouvoir bénéficier des dotations budgétaires autrement plus consistantes en rapport avec le nouveau statut de chef-lieu de wilaya. L’évolution de la population observée au niveau national est la résultante d’une croissance démographique contrastée au niveau local et d’une mobilité tant interne qu’internationale. Nous observons une densification de l’armature urbaine autour des grands axes routiers et dans les grandes métropoles.

C’est ainsi que nous notons un élargissement des aires métropolitaines avec un phénomène de conurbation et création de nouvelles villes alors que la population vivant en zone éparse continue de diminuer.

C’est ainsi qu’il y a actuellement une cinquantaine de communes de plus de 100 000 habitants (48 en 2008, 34 en 1998 et 20 en 1987). Ces communes regroupent près du quart de la population totale. Les communes de plus de 50 000 habitants ont connu une croissance supérieure à la moyenne nationale sur les 20 dernières années.

Ce qui dénote leur forte attractivité au détriment des petites communes. Plus de 200 communes ont vu leur population diminuer. Cette attractivité est plus tirée par la concentration des programmes d’habitat.

En effet, 1/5 de l’accroissement du parc logement habité a été réalisé dans 26 communes, dont sept autour des métropoles d’Alger, Oran et Constantine ! Cette forte attractivité des métropoles se fait au détriment des wilayas environnantes (Aïn Témouchent pour Oran, Tipasa et Boumerdès pour Alger, El Tarf pour Annaba, et Mila pour Constantine).

A noter que l’ensemble de ces wilayas sont issues du découpage de 1984. Alors que, justement, le but de ce découpage territorial était le rééquilibrage de la répartition spatiale des activités économiques et de la population. En guise de conclusion, nous pouvons affirmer qu’un nouveau découpage administratif est peut-être nécessaire, mais sûrement pas suffisant pour répondre aux impératifs de développement local.

En effet, d’une part, le meilleur moyen de rapprocher les citoyens de l’administration réside beaucoup plus dans la généralisation de l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication et, d’autre part, la création d’activités économiques dépend plus des incitations mises en œuvre ainsi que de la gouvernance locale. Il faut garder à l’esprit que plus de la moitié des emplois du secteur formel est concentrée dans un peu plus de 200 communes.

 

Samira Imadalou

 

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