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Nacer Eddine Hammouda, Directeur de recherche au Cread : L'Algérie est moins bonne économiquement

 

Fella Midjek, Publié dans El Watan le 15 - 11 - 2010

Le classement de l'Algérie en matière de développement humain est tiré par la santé en raison de la baisse du taux de mortalité infantile, le taux de scolarisation, mais elle est tirée vers le bas en économie, a relevé Nacer Eddine Hamouda, directeur de recherche au Cread, responsable de la division développement humain et économie sociale et économiste de formation, dans cet entretien à El Watan Economie.

 

-Comment définit-on le développement humain et son rapport à l'économie ?

La conception même de l'indicateur de développement humain a été faite pour justement ne pas se limiter au PIB (produit intérieur brut) par tête d'habitant. Les spécialistes en économie de développement sont arrivés à la conclusion que ces éléments n'étaient pas suffisants pour mesurer le niveau de développement d'un pays.On a rajouté à cet indicateur, PIB, l'approximation d'un indicateur de richesse, deux autres indicateurs sur la santé et l'éducation. Celui de la santé est de type démographique tenant compte de l'espérance de vie à la naissance et celui de l'éducation est une moyenne entre l'effort de l'alphabétisation et la proportion d'analphabète au-delà d'un certain âge. Il s'agit en moyenne des trois indicateurs : la performance économique, celle de la santé et celle de l'éducation d'un pays. L'avantage est que cet indicateur est comparable pour l'ensemble des pays de la planète, pour voir les évolutions et le positionnement des pays. Comme tout indicateur synthétique est une moyenne et ne tient pas compte des aspects qualité de vie et d'inégalité dans un pays. On préconise d'ailleurs d'autres indicateurs.

-Le classement de l'Algérie est-il justifié ?

La polémique reprise par la presse n'est pas féconde. Ce qu'il fallait relever est le problème de datation soulevé par le représentant de l'ONU, sur les 40 dernières années, personnellement j'aurais aimé remonter aux années 1960. Pourquoi ? Parce que ce sont les années des indépendances de beaucoup de pays, notamment africains. Il était intéressant de voir les résultats réalisés par ces pays au lendemain, notamment pour l'Algérie. Il s'agit de mesurer comment le développement humain a évolué sur 50 ans. Quand je vois les courbes affichées par l'Algérie, on ne peut nier les résultats tels que les indicateurs sont conçus avec leur limite, il est clair que ce sont des progrès à partir de 80 à 2010, si on les avait mesurés plus tôt, le classement de l'Algérie serait meilleur, car on partait avec des niveaux beaucoup plus faibles.

-Le PNUD a travaillé sur le rapport national sur le développement humain de 2007, selon sa représentation en Algérie. Est-ce que les données exploitées ne faussent pas les conclusions du rapport mondial 2010 ?

Sur le rapport du PNUD, il est mention des données de 2010. Si c'était des données d'avant 2007, on aurait eu des courbes plates. Ce type d'information sur l'IDH ne peut avoir des estimations des trois indicateurs cités plus haut et on peut faire aussi des prévisions. A la fin de l'année 2010, on va voir si le positionnement de l'Algérie va changer ou pas, c'est aussi valable pour les autres pays.

-Il existe un réel problème de statistiques en Algérie. Comment peut-on arriver à de tels résultats ?

Pour l'espérance de vie pour 2010, l'Etat civil est exhaustif, cette information est accessible quelque mois après la clôture de l'année 2010. Pour la scolarisation, les annuaires sont disponibles et le ministère de l'Education fait une enquête au début de chaque année scolaire. Pour le PIB, il y a les comptes provisoires, les semi-définitifs et les définitifs, on peut avoir le définitif qu'à 1 + 2, mais il est possible d'avoir le provisoire. Il est aussi parfois un problème de diffusion de l'information.

-Que pensez-vous du rapport entre la croissance économique et le développement humain ?

d'après le PNUD, l'une n'est pas révélatrice de l'autre ? L'Algérie est un bon exemple ! La courbe d'IDH augmente, alors que celle de l'économie est en baisse. Il ne faut pas se limiter à un seul type d'indicateur. En voyant la courbe, les performances économiques en Algérie ne sont pas au rendez-vous. C'est là qu'il faut mettre le paquet et voir ce qui ne marche pas. En termes d'emploi, le BIT préconise des indicateurs sur l'emploi décent, le sous-emploi, le chômage par catégorie. Un seul indicateur ne permet pas de rendre compte de la réalité.

 

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