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Table ronde organisée par le CNES autour de l’émergence de l’économie nationale.

Dimanche, le 20/09/2015

 

ALGER - La révision de l'actuelle politique des subventions des produits de base et l'encouragement de la productivité, ont été vivement recommandés à l'issue de la table ronde organisée par le Conseil national économique et social (CNES) autour de l’émergence de l’économie nationale.

Des académiciens et experts réunis dimanche ont ainsi considéré insoutenable que l’Algérie continue à subventionner, de façon indirecte (c'est-à-dire hors budget de l’Etat) le gasoil et l’électricité ou de façon directe la baguette de pain et le sachet de lait par exemple, au profit des pauvres et des riches, des producteurs et des imiportateurs à pied d’égalité.

‘‘Le régime de subventions devrait être scrupuleusement adapté à la stratégie économique globale (à) on ne peut pas continuer à soutenir toutes les activités de la même manière ‘‘, a recommandé Youcef Benabdallah, chercheur au CREAD (Centre de recherche en Economie Appliquée pour le Développement).

Alors que les chiffres sur les subventions implicites (non budgétisées) ne son pas officiellement communiqués en Algérie, une étude du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a montré que l’Algérie figurait, en 2010, parmi les pays arabes qui subventionnent le plus les produits énergétiques.

Avec des subventions directes (budgétisées) représentant presque un quart du budget de l’Etat et 13% du PIB national, le taux global des subventions atteindrait 30% du PIB, selon les données communiquées par les experts.

‘‘Les subventions explicites et implicites représentent 30% du PIB algérien soit 60 milliards de dollars, pourquoi on ne récupère pas 10% de ce montant pour le réinjecter dans le budget’‘, s’est interrogé M. Benabdellah.

‘‘Les riches doivent accepter de payer (les prix réels)‘‘, a-t-il martelé en proposant d’imiposer un système de subventions ‘‘discriminant‘‘ qui favorise les producteurs de richesse, sur la base de trois critères que sont la valeur ajoutée, le taux d’exportation et le taux d’utilisation de la technologie.

Regrettant le fait que ‘‘toutes les branches économiques affichent un déficit ces 10 dernières années, ce qui veut dire que la demande intérieure est de moins en moins couverte par l’offre locale’‘, l’économiste propose, pour sortir de l’économie rentière, de revenir en force à l’industrie et à l’industrialisation.

Il estime en outre opportun de détacher complètement le budget de fonctionnement des recettes pétrolières et de transformer le FRR (Fonds de régulation des recettes) en fonds d’épargne qui n’aura pas la vocation de couvrir le déficit budgétaire.

M. Benabdellah et d’autres chercheurs ont appelé l’exécutif à accorder plus d’attention à la microéconomie, donc à la productivité, et ne pas continuer à ‘‘vanter’‘ les chiffres d’une macroéconomie temporairement euphorisante.

‘‘L’analyse économique est tronquée en Algérie car elle est ‘‘pétrolisée’‘, la macroéconomie est tellement bonne qu’elle est là pour couvrir tous les déficits et la microéconomie se retrouve inhibée, bien cachée voire exonérée de la productivité’‘ a-t-il regretté.

Le chercheur au Cread et professeur à l’Université d’Oran Rafik Bouklia Hassene a, de son côté, mis l’accent sur la nécessaire diversification économique en rappelant que la part de l’Industrie dans le PIB algérien ne dépassait pas les 5%.

Cependant, la diversification économique, quoique incontournable pour l’Algérie, est loin d’être une tâche facile pour les pays producteurs de pétrole ou dépendant de la rente en général, reconnaît-il.

‘‘Parmi tous les pays producteurs de pétrole, seuls le Mexique et l’Indonésie ont réussi leur diversification économique‘‘, a-t-il fait remarquer en ajoutant :’‘ce sont donc des transformations structurelles très dures qu’il faut opérer en Algérie pour arriver à cette diversification‘‘.

Il a ensuite préconisé au Gouvernement des études approfondies sur l’impact des mesures économiques engagées sur la production.

‘‘On nous dit que les licences d’imiportations ou un taux de change en baisse, par exemple, profiteront à la production, mais on ne sait pas vraiment s’il s’agira de freins ou de moteurs pour l’industrie’‘, craint-il.

Pour Ali Boukrami, économiste et ex-ministre, même la croissance hors hydrocarbures dont parle le Gouvernement n’est à présent ‘‘qu’une illusion’‘.

‘‘L’ensemble des exportations algériennes proviennent des hydrocarbures car les exportations dites hors hydrocarbures sont en réalité des dérivés des hydrocarbures alors que la fiscalité dite ordinaire est tirée des imipôts sur le revenu et sur les imiportations, c’est surtout l’Etat qui est en train de payer l’impôt’‘, a-t-il argué.

Les experts étaient par ailleurs nombreux à déplorer la difficulté, parfois l’imipossibilité, d’accéder à l’information économique et ont sollicité le Gouvernement pour l’élaboration d’un système d’information fiable qui puisse servir de ‘‘système de clignotants‘‘ pour aider à une prise décision rationnelle.

‘‘Si l’on prend l’indice des prix à la consommation par exemple, il est indexé sur un coefficient de pondération datant de 2001, comment voulez-vous que les chiffres sur l’inflation soient fiables avec un tel retard’‘, s’est exclamé M. Hammouda, un autre chercheur au Cread.

Le Premier ministre Abdelmalek Sellal avait assuré à l’ouverture de la rencontre de la détermination des pouvoirs publics à ‘‘sortir du statu quo’‘ économique.

‘‘ Notre objectif premier demeure l'édification d'une économie émergente et diversifiée, créatrice de richesses et d'emplois. Nous refusons d'être prisonniers du statu quo et de la fatalité du recul des recettes budgétaires extérieurs’’, a-t-il dit.

Durant cette rencontre animée par des experts nationaux et étrangers, les débats ont été organisés niveau de trois panels. Le premier panel a débattu de l'évolution de l'économie mondiale depuis la crise des ‘‘Subprimes’‘ de 2008, avec un accent particulier sur le retournement du marché international des hydrocarbures et des défis globaux liés au marché des hydrocarbures dans l'optique d’en mesurer les impacts sur l'économie nationale.

Le deuxième panel a axés ses travaux sur les principaux éléments-diagnostic caractérisant l'économie nationale et sur la nécessité de muter vers une économie compétitive et résiliente à savoir: la diversification, la réindustrialisation, l'insertion aux chaînes de valeurs internationales, l'insertion progressive de l'économie informelle dans la formalité et le développement humain.

Le troisième panel a, quant à lui, débattu des éléments-diagnostic ainsi dévoilés par les deux premiers panels ainsi que des recommandations et préconisations à soumettre à l’appréciation des plus hautes autorités nationales, afin qu'elles puissent statuer en toute connaissance de cause.

 

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