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Cheminement d’une vie active - Travail indépendant vs salariat

El-Watan, le 22/06/2016

 

L’algérien commence sa vie professionnelle indépendant et la finit indépendant.

Selon l’enquête intitulée «Déterminants du choix du statut self-employement vs salariat en Algérie, analyse en pseudo-panel», réalisée par Moundir Lassassi et Nacer-eddine Hammouda, du centre de recherche en économie appliquée pour le développement (Cread), «le taux d’emploi indépendant (par opposition au salariat, ndlr) est très élevé parmi les anciennes générations, mais également parmi celles des plus jeunes.

En revanche, pour les générations intermédiaires, le taux d’emploi est pratiquement stable autour de 30%», y est-il noté. Editée dans les cahiers du Cread n°113/114 de 2015, parus tout récemment, l’étude précise dans le volet consacré à l’évolution de l’emploi indépendant en Algérie, que la part de l’auto-emploi (la population self-employement) dans la population occupée a crû très rapidement dès les années 1990. «Après avoir connu une tendance à la baisse, après l’indépendance du fait de la création d’entreprises publiques», analysent les chercheurs, l’auto-emploi a enregistré une hausse de 27.5% dès 1992 pour atteindre les 35% en 2007 (périodes prises en considération pare l’étude).

En décomposant la population ‘auto-emploi’ en deux catégories : les employeurs et les indépendants, les chercheurs constatent que la seconde catégorie a enregistré une augmentation de 6 points, considérée comme «la plus grande» sur la période (1992-2007), contre seulement 1,6 point pour la première, soit la catégorie employeur.

Figure à l’appui, les rédacteurs de l’enquête montrent qu’au début de la vie active, les jeunes entament leur carrière professionnelle comme salariés et aides familiales Et au fil du temps, ils se dirigent vers des statuts d’indépendants et d’employeurs. «La proportion d’aides familiales diminue progressivement avec l’évolution de l’âge. Parallèlement, la proportion des indépendants et des employeurs augmente», est-il précisé dans l’étude.

D’après l’analyse des données sur le taux de self-employement, il en ressort premièrement que le taux d’emploi indépendant est très élevé parmi les anciennes générations. «Pour la génération 1943, le taux d’emploi indépendants varie entre 40% et 80%, il atteint les 80% pour les personnes âgées de 63ans», est-il constaté.

Ces données sont motivées, toujours d’après les chercheurs, par l’augmentation du taux d’emploi indépendant chez les personnes qui sont à la fin de leur vie active ou qui ont quitté le monde du travail (retraités). Ces derniers vont essayer de créer des activités indépendantes qui leur permettraient d’avoir un revenu supplémentaire en plus des pensions de retraite insuffisantes pour une grande partie de cette population. Deuxièmement, pour les générations des plus jeunes, le taux d’emploi indépendant est également élevé (il varie entre 32% et 80%, il atteint les 80% pour les personnes âgées de 15 ans).

Ces résultats montrent, selon les chercheurs du Cread, que les générations des plus jeunes entament leur vie professionnelle comme travailleurs indépendants en exerçant des petites activités qui ne requièrent pas de grands moyens financiers et humains et qui ne demandent pas d’expérience. «Avec l’âge, ces générations transitent vers d’autres formes d’emploi, ‘le salariat’ qui leur procure plus de stabilité, de sécurité et plus de gain monétaire», instruisent les chercheurs. Pour Lassassi et Hamouda, cette transition entre le travail indépendant et le salariat est facilitée et favorisée par l’expérience, le capital financier, humain ainsi que celui social cumulé dans la première période de cycle de vie comme travailleur indépendant.

Pour ce qui est de l’emploi chez les femmes, l’étude indique que la situation est un peu différente comparativement à celle des hommes. Pour cette frange de la population, Elles débutent leur vie active par des emplois indépendants mais avec des proportions plus imiportante comparativement aux hommes. Selon les données présentées par l’étude, la génération 1977, présente un taux d’emploi indépendant de 94% pour les jeunes femmes de 15 ans.

Pour celles âgées entre 25 et 30 ans– tranche d’âge faisant partie de la même génération : la plus jeune– ce pourcentage est de 30%. Par ailleurs, l’enquête démontre que les femmes, comparativement aux hommes, restent plus longtemps dans le salariat. «C’est uniquement à partir de 60 ans que les femmes transitent vers l’emploi indépendant généralement exercé dans le domicile familial», note l’étude.

Mais qu’est-ce qui motive le choix d’une des deux options : salariat – travail indépendant ? Par le biais d’un savant jeu de juxtaposition de graphes, les chercheurs observent puis analysent que l’insertion sur le marché du travail des plus jeunes (15-24 ans) dans le segment «emploi indépendant» permettait d’acquérir de l’expérience et aussi de détourner la législation du travail et les normes d’embauche. Ainsi, les jeunes travailleurs ne sont pas obligés de respecter l’âge minimum, le diplôme requis ni autre critère indispensable au poste d’emploi.

C’est aussi un tremplin pour accéder dans une seconde étape au salariat. «La qualité supérieure des emploi dans le secteur (salariat) expliquerait l’abandon du segment «emploi indépendant». Après une période, les salariés se recycleraient dans le marché du travail comme travailleurs indépendants. L’accumulation d’un petit capitale et/ou d’un certain savoir-faire technique, leur permettrait de s’établir à leur compte», notent les auteurs de l’étude.

Développant davantage leur analyse sur cette dernière partie, le passage entre le statut de salarié à celui de travailleur indépendant en fin de vie active, les chercheurs invoquent le désir marqué d’indépendance d’une main- d’œuvre «non fixée dans le salariat». «Il ne faut pas oublier la conjoncture des années 90, où près de 600 000 salariés ont perdu leur emploi, avec pour certain des primes conséquentes qui leur ont permis de s’installer à leur compte. Toutes les sources tendent à montrer que la condition salariale est ressentie comme un moindre mal, une relation de travail par laquelle il faut passer mais le moins longtemps possible», développent les chercheurs du Cread.

L’enquête éditée dans les cahiers du Cread intègre également une autre donnée de taille dans le choix de carrière professionnelle, il s’agit de l’éducation. «L’éducation est l’un des principaux déterminants du choix du statut self-employment.

Il y a peu de consensus dans la littérature algérienne sur l’influence de l’éducation, sur le statut self-employement», notent- les chercheurs qui, contre toute attente, trouvent que «sur les données algériennes l’éducation est négativement corrélée avec le travail indépendant, cela signifie que plus le niveau d’instruction est élevé dans une cohorte et moins est la proportion du choix de ce segment ‘‘self employment’’ par les personnes appartenant à cette cohorte. Les personnes instruites préfèrent le salariat, notamment dans le public, qui offre plus de stabilité et de protection de l’emploi».

Fatma Zohra Foudil

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