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Ahmed Bouyacoub, Professeur d’économie : Pas de relation directe entre crédit à la consommation et pouvoir d’achat

 

Le 18/01/2016 à El Watan

 

On a assigné à la relance du crédit à la consommation certains objectifs sur le plan de la consommation et l’activité économique. Que peut-on en attendre ?

Le crédit à la consommation n’a pas été conçu dans le souci de contribuer à l’amélioration du pouvoir d’achat des ménages. Sa fonction principale est de permettre une croissance de la consommation, c’est-à-dire de la demande qui s’adresse aux entreprises qui produisent des biens et services.

Dans les économies modernes, la consommation est un facteur qui génère de la croissance. Quand elle augmente, elle entraîne une augmentation de la production et donc de la richesse produite. Car le crédit à la consommation concerne souvent des biens durables et semi-durables (logements, véhicules, équipements électroménagers…).

Malheureusement, en Algérie le tissu industriel est encore relativement faible et la production industrielle qui peut bénéficier de cette technique de vente (véhicules, meubles, produits électroménagers…), même produits localement, n’enregistre que de faibles taux d’intégration.

Si cette industrie arrivait à exporter suffisamment de produits, elle pourrait compenser une augmentation des ses importations d’inputs nécessaires à la production. Ce cercle vertueux n’existe pas encore dans le secteur industriel en Algérie. Il en résulte que toute augmentation de la production générée par un surcroît de la consommation des ménages va entraîner une augmentation des importations ; ce qui risque de mettre en difficulté la balance des paiements dans la situation de crise actuelle.

 

Considérant la conjoncture de crise qui s’installe, n’aura-t-il pas un impact sur le pourvoir d’achat ?

A notre avis, il n’existe pas de relation directe entre le crédit à la consommation et le pouvoir d’achat, car le crédit n’est pas gratuit pour l’emprunteur et fera travailler des établissements financiers et bancaires. Quand on examine la structure des revenus en Algérie et le poids des produits éligibles à ce crédit dans les dépenses des ménages, on peut rapidement en conclure qu’il ne concernera qu’un faible pourcentage de ménages.

Pour une population occupée d’un peu plus de 10 millions de personnes à la fin 2014 (on attend toujours les données de fin 2015), les salariés tous secteurs confondus (plus de 7 millions de personnes) représentent 70 % dont moins de la moitié sont des permanents. Les données détaillées de l’année 2012, publiées par l’ONS, nous donnent une idée précise de la structure des niveaux de salaires. En effet, 52% des salariés gagnent un salaire net mensuel inférieur à 25 000 DA. Et moins de 20% de salariés seulement gagnent plus de 40 000 DA mensuellement

Sur le plan de la consommation des ménages, la principale rubrique éligible au crédit à la consommation (meubles et équipements ménagers) a représenté en 2011 (date de l’enquête sur la consommation) seulement 2,7% des dépenses des ménages.

Qu’en est-il pour l’économie et les entreprises ?

Au plan macro-économique, si l’on respecte les règles d’éligibilité au crédit, pour ne pas tomber dans le fléau de surendettement des ménages, il y aura relativement peu de ménages susceptibles de bénéficier de ces nouvelles dispositions.

Bien entendu, le crédit à la consommation, quand il est bien encadré, est un mécanisme moderne qui va permettre de détendre la relation entre le client et le producteur/vendeur. Il doit entraîner une plus grande bancarisation de l’économie et une réduction de l’économie informelle. D’un autre côté, il doit permettre aux producteurs de s’assurer un niveau de demande optimal.

 

Safia Berkouk

 

 

 

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